Deforestation : comment agir ?

Depuis le début du XXIe siècle, le couvert forestier mondial a perdu presque 100 millions d’hectares. La déforestation et ses enjeux sont d’actualité. Mais avant de s’intéresser plus précisément au sujet il est important de comprendre ce que sont les forêts et ce qu’est réellement la déforestation.


Les forêts représentent environ 1⁄3 de la surface émergée de notre planète. La déforestation est le phénomène de réduction des espaces occupés par les forêts. Ces dernières se régénèrent naturellement et artificiellement. C’est l’expansion forestière; la surface gagnée par la forêt chaque année dans le monde. La balance entre l’expansion forestière et la déforestation donne lieu à l’évolution du couvert forestier. Entre 2015 et 2020 les forêts se sont étendues de 5 millions d’hectares par an alors que l’on en a déforesté 10 millions sur la même période. La surface totale occupée par les forêts a donc diminué entre 2015 et 2020. Cependant, les Nations Unies se sont fixées comme objectif de ramener ce ratio à la hausse avec une augmentation du couvert forestier de +3% d’ici à 2030.

Toutefois, il faut garder à l’esprit que les forêts ne sont pas toutes sujettes de la même façon à la déforestation. Celles qui subissent le plus le phénomène de déforestation sont les forêts tropicales se trouvant en Afrique Centrale, en Amazonie et en Indonésie.

Bilan : comment expliquer cette déforestation de masse ?

Les causes de la déforestation sont nombreuses et c’est ce qui en fait un combat d’autant plus complexe. Divers facteurs sont à l’origine de la déforestation de masse telle que nous la connaissons aujourd’hui. Ils sont à la fois naturels comme le feu, les maladies, les parasites et peuvent aussi être causés par l’homme. Parmi les causes humaines entrent l’agriculture, à hauteur de 80%, l’activité minière et l’urbanisation qui comptent pour 20% de la déforestation humaine selon un rapport émis par la FAO en 2016.

L’agriculture, la première cause de la déforestation

L’agriculture commerciale à grande échelle et l’agriculture vivrière locale forment la première cause de déforestation. Elles comprennent à la fois la culture céréalière, la maraîchage, l’arboriculture et l’élevage. Avec une population mondiale en constante hausse, les besoins augmentent et les espaces pour cultiver se font rares alors il est de plus en plus important de trouver de nouveaux espaces pour subvenir aux besoins. De nombreuses parcelles sont déforestées pour implanter des sites d’élevage, de culture de soja ou d’huile de palme. Comme c’est le cas en Amazonie. Ailleurs, la déforestation laisse place à des cultures de cacao, de canne à sucre ou bien aux cultures vivrières. Ces agrilcultures permettant aux habitants locaux de subvenir à leurs besoins primaires. C’est notamment le cas en Afrique ou en Indonésie.

L’activité minière détruit les forêts quotidiennement 

L’activité minière aussi est une autre cause de la déforestation. Nos besoins en métaux rares et autres ressources souterraines ne cessent de s’accroître (or, fer, diamant, uranium …). Le lithium, par exemple, est un métal présent dans toutes les batteries de téléphones, d’ordinateurs et celles des voitures électriques. Pour subvenir aux besoins des industries, les recherches de gisement de ce métal alcalin s’accélèrent au profit de la création de nouvelles mines et au dépend des forêts. De même que pour l’agriculture, tous les fronts de déforestation ne répondent pas tous à part égal à cette activité minière. Celle-ci représente 2% de la déforestation amazonienne contre 6% en Asie et 10% en Afrique.

L’urbanisation une nouvelle cause de la déforestation ?

L’urbanisation et le développement des infrastructures est un autre moteur de la déforestation, faible mais néanmoins existant. Cette déforestation sert 

  • à l’expansion urbaine
  • à l’aménagement des réseaux de communication routier ou téléphonique
  • au développement des infrastructures énergétiques avec la création de barrages, de champs éoliens.

Les accidents détruisent les forêts

Enfin, le feu est aussi une des causes de la déforestation humaine. Nous en entendons parler tous les étés lorsque les sols sont secs : des départs de feux, volontaires ou non, causés par l’homme et son activité.

Qu’ils s’agissent de créer de nouveaux espaces pour subvenir à nos besoins alimentaires, nos besoins technologiques ou énergétiques, l’activité humaine réduit considérablement le couvert forestier. A chaque cause ses conséquences et celles-ci sont dévastatrices.

Les raisons de la déforestation

 

Quelles sont les conséquences de ces déforestation sur la Planète ?

Les conséquences de la déforestation sont, comme ses causes, multiples. Le climat, la biodiversité, l’acidification des océans, la présence de protoxyde d’azote … sont des conséquences à l’échelle planétaire mais il en existe également à l’échelle locale. Avant de les détailler, il est important de préciser que nous sommes tous dépendants des forêts mais certains le sont plus que d’autres. Les peuples vivant directement dans les forêts ou à proximité sont bien plus impactés que nous, en France, par la déforestation.

La biodiversité à la mercie de la déforestation

La forêt est la zone d’habitat mais aussi la réserve de nourriture de nombreuses espèces. La déforestation menace 80% de la biodiversité terrestre et de nombreuses espèces ont déjà disparu. Qu’il s’agisse de la faune ou de la flore, la diversité et la beauté du monde sont en danger. Chaque espèce existante fait partie d’une chaîne alimentaire avec un rôle à jouer pour les autres espèces, et sur l’équilibre des milieux naturels et des écosystèmes.

L’érosion de cette biodiversité a des répercussions directes sur l’être humain. Le WWF estime que 38% de la population des espèces terrestres a disparu au cours des 40 dernières années. Le taux de perte de biodiversité que nous connaissons aujourd’hui est le taux le plus rapide connu depuis la disparition des dinosaures il y 65 millions d’années. En comparaison, il est 1 000 fois supérieure au taux habituellement constaté. Des chiffres alarmants. De plus, 1 million d’espèces, sur les 8 millions que nous connaissons aujourd’hui sont en danger d’extinction. C’est donc la 6ème extinction de masse qui se profile devant nous si rien n’est fait.

Un climat dégradé et sans forêt pour lui venir aide

La déforestation rime avec disparition des stocks de CO2 appelé aussi dioxyde carbone ou gaz carbonique. En effet, les arbres sont les poumons de la planète. Ce sont eux qui permettent d’absorber le dioxyde de carbone et de le transformer en oxygène. Déforester revient donc à détruire ces poumons et plus elle est importante plus la Terre aura du mal à respirer avant de finir par lâcher.

De plus, cette déforestation est parfois réalisée en brûlant les forêts, notamment en Amazonie, une action qui a pour conséquence de libérer également du CO2. Nous réduisons alors à la fois notre capacité à absorber ce gaz carbonique tout en en rejetant davantage. 40% du gaz carbonique est stocké dans nos forêts et leurs sols. La présence de CO2 est assimilable à la présence d’effet de serre et donc au réchauffement climatique. Lui-même responsable de la fonte des glaces, donc la montée du niveau des mers, de la disparition de nombreuses espèces.

L’acidification entrainté par la déforestation met en danger le milieu marin

La déforestation entraîne donc une libération du dioxyde de carbone, le CO2 qui est lui absorbé par les eaux océaniques en acidifiant l’eau. L’acidification de l’eau est mesurée par le pH, autrement dit le potentiel hydrogène de l’eau. Le pH est compris entre 1 et 14, plus il se rapproche de 1, plus l’eau est acide, plus il se rapproche de 14 plus l’eau est basique. Le phénomène d’acidification a pour conséquence de réduire la biodiversité marine.

Cette acidification n’est pas uniquement due à l’absorption du CO2. Elle est aussi due à l’absorption de composés azotés et soufrés (engrais, anti-insectes). Un pH trop faible ne permet pas aux planctons (animaux et végétaux marins) de former leur squelette calcaire et pourtant ils sont à la base de la chaîne alimentaire marine et de la création d‘oxygène dans nos océans. De même, les coraux sont composés de calcaire. Ils ne peuvent donc plus se développer, blanchissent en dépérissant en entraînant avec eux la disparition de nombreuses autres espèces marines. Certaines espèces de poissons ou de crustacés sont rendus plus vulnérables affectant les écosystèmes marins. Certains modèles scientifiques prédisent une augmentation de 150% de l’acidité des océans. Une augmentation qui n’a jamais été constatée auparavant sur Terre. Nous n’en connaissons donc pas les conséquences.

Les conséquences de la déforestation

La création et présence de gaz toxiques, un accélérateur du réchauffement climatique

Le protoxyde d’azote, plus connu sous le nom de gaz hilarant, participe à l’effet de serre et peut réchauffer l’atmosphère jusqu’à 300 fois plus que le gaz carbonique sur une même période d’un siècle. L’azote ne provient pas directement de la déforestation mais plutôt de la transformation des sols en terres cultivables. Il s’agit malgré tout d’une conséquence de la déforestation. C’est l’utilisation d’engrais composés d’azote pour augmenter le rendement des cultures qui est nocive pour la planète. Bien que nécessaire au bon développement des plantes, en trop grande quantité l’azote n’est plus absorbé par le sol et s’écoule ainsi jusque dans les rivières et cours d’eau pour ensuite être libéré dans l’air. De cette manière tous les espaces se retrouvent pollués.

De graves conséquences plus locales 

Au-delà des conséquences mondiales de la déforestation, il existe aussi des conséquences plus locales. Le WWF a répertorié, début 2021, 24 fronts de déforestation avec plus de 43 millions d’hectares de forêts perdus entre 2004 et 2017. La déforestation a de lourds impacts sur les ethnies vivant dans ses forêts. De nombreux peuples habitent depuis des siècles dans les forêts qui sont actuellement détruites et notamment sur les fronts présents en Amazonie et en Afrique. Cette action au profit d’une culture intensive pousse ces peuples à changer de lieu d’habitats, les rendant ainsi plus vulnérables et pouvant mener à leur disparition. De nombreuses langues autochtones ont disparu ou sont vouées à disparaître à l’avenir. La déforestation est, en plus d’être une question environnementale, une question éthique et culturelle.

Comme développé ci-dessus, les conséquences de la déforestation sont multiples et graves. Il est donc urgent de la stopper sous ce modèle. Nous déforestons sans limite et sans réfléchir aux conséquences. De plus, les arbres mettent entre 20 et 50 ans à atteindre leur taille adulte. Autrement dit, même en plantant aujourd’hui autant d’arbres que nous en coupons, nous ne retrouverons pas les mêmes forêts ni le même stockage de CO2 avant 50 ans ! Il est désormais temps de modifier notre approche et d’inclure une gestion forestière au sein de nos activités.

Comment agir pour lutter contre la déforestation excessive ?

Pour savoir comment agir contre la déforestation et ainsi stopper la diminution de la surface du couvert forestier, si ce n’est l’augmenter, il faut revenir aux bases du problème : les causes de la déforestation. Il serait bien trop simple de dire que nous déforestons pour cultiver du soja ou élever du bétail donc il faut arrêter de manger de la viande et du soja. De nombreux facteurs entrent en ligne de compte : la démographie est l’un des principaux. Une démographie grandissante signifie une augmentation des besoins des populations et notamment alimentaires. Il faut donc trouver de nouveaux espaces pour subvenir à ces besoins.

Réfléchir à un nouveau modèle de production et consommation 

La déforestation peut exister, mais elle se doit d’être gérée, réfléchie et pensée pour permettre une régénération du couvert forestier. La réduction de la consommation de viandes, l’utilisation de produits sans huile de palme sont des solutions existantes pour aider nos forêts mais aussi notre planète. Agir contre la déforestation est à la fois

  • Sur une réflexion profonde sur notre modèle de consommation qui se doit d’évoluer mais aussi;
  • sur une action écologique pour sauver notre planète du déclin brutal auquel nous faisons face.

Prendre du recul, réfléchir, penser avant d’agir sont peut-être les clés d’un réveil écologiqueL’un des meilleurs moyens de lutter contre la déforestation reste l’éducation aux sujets environnementaux et écologiques afin d’imprégner dans les mémoires, dès le plus jeune âge, l’importance de changer notre mode de fonctionnement

Projets et associations, les porteurs de solutions ?

Prendre du recul, réfléchir et penser c’est ce qu’on fait, par exmple, de nombreuses associations en développant l’agroforesterie. Un nouveau mode d’exploitation associant la culture et la plantation d’arbres et arbustes. C’est le cas par exemple de :

  • l’association Biomimicry Europa qui reforeste Haïti : reforester ne signifie pas uniquement planter des arbres. Il est obligatoire d’étudier les écosystèmes présents sur place et les essences d’arbres locales pour faire renaître une forêt semblable aux forêts naturelles déjà présentes. A Haïti certains arbres sont dits oxalogènes, c’est-à-dire qu’ils sont en capacité de récupérer et stocker le CO2 dans les sols en formant des plaques de calcaire. Ces arbres ont deux avantages, à la fois ils permettent de stocker du CO2 mais ce dernier alimente aussi les sols. Et perrmet ainsi une meilleure reforestation et un meilleur développement de la biodiversité locale.
     
  • le projet “arbre sauveur” de l’association Biomimicry Europa qui a pour objectif de reforester Haïti : ce projet se concentre sur le noyer Maya, un arbre principalement trouvé en Amérique Centrale. Cet arbre a la particularité de créer des petites noix qui peuvent ainsi nourrir les populations locales. Ce projet “arbre sauveur” permet ainsi de reforester Haïti, de nourrir les populations locales, de réduire le CO2 présent dans l’air et de développer la biodiversité locale.

  • Le projet PUR : initie de nombreux projets à travers le monde en partenariat avec des petits producteurs locaux et qui ont pour objectif le développement de l’agroforesterie, la préservation des terres et des cultures agricoles locales. L’agroforesterie permet donc de développer la biodiversité et augmenter les rendements agricoles sans avoir besoin de trouver de nouveaux espaces.

  • L’association française Resforest’action : elle a pour mission de préserver, restaurer et créer des forêts partout dans le monde pour développer les bénéfices sociaux, environnementaux et économiques liés à celles-ci. Depuis sa création, l’association a planté plus de 12 millions d’arbres à travers 985 projets !
  • Ecosia : c’est un moteur de recherche qui plante des arbres. Il faut en moyenne 45 recherches pour planter un arbre. Avec plus de 129 millions d’arbres plantés en 12 ans, Ecosia s’est installée dans tout l’hémisphère sud et participe ainsi à la future reforestation de notre planète.

L’utilisation de la technologie, un outil indispensable pour réduire la déforestation

D’autres solutions se mettent en place petit à petit comme l’utilisation de téléphone. L’usage du téléphone permet de surveiller les forêts, de repérer les bûcherons clandestins et ainsi d’alerter les autorités locales. Une idée qui a été développée par l’organisation à but non lucratif Rainforest Connection mais également, sous forme d’application, par un groupe d’étudiants ivoiriens. Cette invetion a été mise en avant à l’occasion d’un concours organisé par le ministère ivoirien des Eaux et Forêts pour reverdir la Côte d’Ivoire.

Une taxe : est-ce la solution pour réduire la déforestation ?

La déforestation et l’économie sont liées. La déforestation a un coût économique en plus du coût environnemental. Une possible solution à celle-ci serait d’internaliser le coût de la déforestation imposé à la population, aux coûts subis par les entreprises responsables de cette dernière. L’idée serait alors de faire payer aux entreprises le coût de la déforestation par le biais d’une taxe comme c’est aujourd’hui le cas avec la taxe carbone. Ce coût supplémentaire, s’il est suffisamment pertinent, influera positivement sur les entreprises et les obligera à penser différemment et à revoir leur modèle.

Un modèle similaire existe déjà en Europe sur les émissions de CO2. Des quotas sont donnés à chaque entreprise chaque année selon de nombreux critères. Si une entreprise dépasse ces quotas elle paie une forte amende, ces dernières sont donc incitées à réduire leur pollution. De plus, si elle ne consomme pas la totalité de leurs quotas il est possible de les vendre sur un marché spécifique à d’autres entreprises et ainsi gagner de l’argent.

Comment agir contre la deforestation

L’économie circulaire, indispensable pour prévenir la déforestation ?

Nous l’aurons bien compris la déforestation telle que nous la connaissons actuellement n’est pas viable. Ses conséquences sont désastreuses pour l’environnement et également pour nous-même. Il nous faut réfléchir, changer notre mode de consommation et agir avant que le point de bascule ne soit atteint. Couper une forêt et en replanter une à côté tout en se disant que l’on a sauvé la planète est une illusion.

Les arbres mettent approximativement 50 ans à atteindre leur taille adulte. Le temps entre la coupe et la repousse d’un arbre est si long que nous pourrions presque parler, aujourd’hui, d’une ressource non-renouvelable. Le couvert forestier n’a pas le temps de se régénérer, nous n’agissons pas assez vite ni bien pour lui permettre de se développer et ainsi de limiter les conséquences que nous vous avons présentées précédemment. 

A défaut de couper, utiliser, jeter il serait plus intéressant de changer de modèle et passer à celui de l’économie circulaire où l’on couperait, utiliserait, recyclerait. Ainsi la tension sur les forêts de notre planète pourrait s’amoindrir. 

De nombreux projets existent déjà visant à développer une reforestation intelligente et réfléchie en prenant en compte les nombreux critères qui composent nos forêts naturelles. Il n’est pas encore trop tard pour agir et décider de changer les choses. Prendre du recul, réfléchir et penser sont les maîtres mots, à nous d’intervenir tous ensemble pour construire ces nouveaux modèles.

 

Rédacteur : Nicolas.

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